Pathologies AMIBIASE (Amoebose)

 
Généralité

L’Amibiase est une affection parasitaire due à un protozoaire de la classe des rhizopodes. Trois genres sont des parasites du tube digestif humain : Entamoeba, Endolimax et Pseudolimax. Seule Entamoeba hystolitica est véritablement pathogène chez l’homme, c’est un parasite strict de l’homme. Très répandues, les infestations latentes sont plus nombreuses que les formes patentes. La manifestation clinique la plus classique est la dysenterie amibienne, mais il ne faut pas méconnaitre les formes mineures ou atténuées qui toutes peuvent évoluer vers une amibiase viscérale surtout hépatique.


Cycle de développement

Entamoeba histolytica, seule espèce réellement pathogène, est non distinguable morphologiquement d’Entamoeba dispar, espèce non pathogène. Ainsi, ces deux espèces ont longtemps été confondues en une seule espèce ayant deux formes, une pathogène et une non
pathogène.
E. histolytica existe sous forme végétative virulente (20 à 40 μm) qui ne s’enkyste jamais.
Elle est la forme virulente et on peut la retrouver dans la paroi digestive d’un sujet atteint ou dans les selles dysentériques. Elle est hématophage et la présence d’hématies à l’intérieur de l’amibe témoigne de cette virulence.


 


 Figure: Entamoeba histolytica cycle de développement


Clinique

1  -  Amœbose intestinale aiguë
Le début est brutal, caractérisé par un syndrome dysentérique typique associant :
• diarrhée afécale (10 à 15 selles par jour), avec présence de glaires et de sang;
• douleurs abdominales à type d’épreintes et ténesmes ;
• absence de fièvre en général.
L’abdomen est sensible, le foie est normal, le toucher rectal est douloureux et l’état général est bien conservé au début. L’évolution se fait vers une aggravation progressive, avec parfois des phases de rémission.

Pour ce qui est des différentes formes cliniques, les formes atténuées sont les plus fréquentes, mais des formes fulminantes avec perforations intestinales sont fatales dans 40 % des cas malgré une colectomie étendue.

2  -  Amœbose hépatique
Le foie est la principale localisation de l’amœbose tissulaire, mais le poumon et le cerveau peuvent aussi être atteints. Les manifestations hépatiques peuvent apparaître plusieurs mois ou années après la contamination.

Le début est progressif, concomitant ou non d’un épisode dysentérique, et se caractérise par :
• une douleur de l’hypocondre droit irradiant vers l’épaule ;
• une fièvre précoce, constante, en plateau à 39 °C à 40 °C, avec altération de l’état général ;
• une hépatomégalie, lisse, douloureuse à l’ébranlement.
Au total, il s’agit d’un abcès du foie, réalisant le plus souvent un tableau grave et imposant une prise en charge rapide.

Des manifestations pulmonaires à la base droite peuvent être retrouvées mais il n’y a généralement pas d’ictère.
L’évolution est toujours défavorable en l’absence de traitement.

3  -  Autres formes cliniques
3 . 1  -  Colite chronique postamibienne
La répétition des épisodes d’amœbose intestinale aiguë est parfois responsable de l’apparition de troubles digestifs causés par l’accumulation des lésions cicatricielles de la muqueuse colique. Les principales manifestations sont des douleurs intermittentes, des troubles du transit (alternance diarrhée/constipation, anorexie…). La coloscopie ou le coloscanner (coloscopie virtuelle) remplacent l’examen radiologique avec produit de contraste et révèlent un aspect de colite spasmodique ou de colite atonique.

3 . 2  -  Amœbome
Il s’agit d’une tumeur inflammatoire du côlon apparaissant immédiatement après ou à distance d’un épisode dysentérique. Elle associe troubles du transit, sang dans les selles, douleurs importantes et état général altéré. Le principal diagnostic différentiel est le cancer du côlon. L’examen parasitologique des selles est souvent négatif, et ce sont la coloscopie avec biopsie et la sérologie qui font le diagnostic.

3 . 3  -  Amœbose pleuropulmonaire
Rarement primitive, l’amœbose pleuropulmonaire débute le plus souvent à la base droite car il s’agit d’une localisation secondaire à un abcès amibien du foie. Elle se présente comme une pneumopathie aiguë de la base avec point de côté, toux, expectoration, fièvre, altération de l’état général. Parfois, une atteinte pleurale est associée. L’évolution peut se faire vers l’abcédation avec risque de fistule bronchique et évacuation d’une vomique « chocolat » caractéristique.

3 . 4  -  Autres localisations
Très rarement, des localisations cérébrales peuvent être retrouvées, avec des signes cliniques dépendant de la localisation. Les formes cutanées, génitales et péricardiques sont exceptionnelles.


Diagnostic

Le diagnostic de l’amibiase intestinale est fait par identification des kystes dans les selles à travers le microscope.
Dans le sang les anticorps peuvent être détectés deux semaines après l’infection amibienne. En cas de suspicion d’un abcès du foie, on peut avoir besoin de faire un test d’imagerie comme une échographie ou tomodensitométrie (CT).



Image: Examen parasitologique des selles


Amibiase hépatique ou abcès amibien du foie

-C’est un abcès du foie d’évolution subaiguë.
-90 % des malades sont des hommes jeunes.
-Une diarrhée est présente dans moins de 1 cas sur 3.
-Le parasite n’est retrouvé dans les selles que dans 20 % des cas ; le diagnostic repose sur la sérologie dont le résultat peut être obtenu en une demi-journée en cas d’urgence.
-Le traitement médical est le plus souvent suffisant, en conduit à une régression des signes cliniques en 72 h confirme le diagnostic.
Les images échographiques et tomodensitométriques mettent plusieurs mois pour disparaître. La sérologie se négative entre 3 et 12 mois.
Le traitement chirurgical ou le drainage de l’abcès amibien, sous contrôle échographique, est réservé aux échecs médicamenteux et aux exceptionnels cas où la rupture semble imminente (plèvre, bronches, péricarde, péritoine).



Photo: Les abcès amibiens hépatiques


Prophylaxie

1. Lutte contre le réservoir de parasites : l’homme infecté. En pratique, on recommande de déparasiter les personnels qui manipulent les aliments.
2. Lutte contre la transmission : recommandations d’hygiène élémentaire : lavage des mains, usage d’eau filtrée. En zones d’endémie : protection des sols, évacuation des excrétas, approvisionnement en eau potable, amélioration de l’hygiène alimentaire.
NB : Il n’y a ni chimioprophylaxie, ni vaccination


Traitement

1-Amoebicides tissulaires
Indications (-Amibiase-intestinale: présence dans les selles d’E. histolytica,-Amibiase-viscérale.)
{métronidazole} (FLAGYL®) : 1,5 g/j (adulte) ou 40 mg/kg (enfant) x 10 jours
{tinidazole} (FASIGYNE®) : 1,5 g/j (adulte) X 5 jours
{ornidazole}, (TIBERAL®) : 1 g à 1,5 g/chez l'adulte, ou 30 mg/kg (enfant) x 5jours
{secnidazole} (SECNOL®) : 2 g en une prise.

2-Amoebicides de contact
Indications (Amibiase-infection: présence dans les selles de kystes ou de trophozoïtes non hématophages d’E.histolytica, et en complément d’une cure d’amoebicides tissulaires.)
{tiliquinol-tilbroquinol} (INTETRIX®) : 1,2-1,8 g/j (2 gélules matin et soir) x 10 jours (adulte)


Autres amibes parasites du tube digestif de l’homme

Les principales :
- Entamoeba coli
- Entamoeba hartmanni
- Endolimax nana
- Pseudolimax butschlii
- Dientamoeba fragilis
Présence dans les selles = preuve que le porteur a consomme des aliments souilles par une contamination d’origine fécale. Dientamoeba fragilis pourrait être pathogène chez les immunodéprimés. Si manifestations cliniques : diarrhée, pas plus. Traitement : amoebicide de contact.


Référence(s) et légende(s)

- Dr François DURAND, Docteur Marie-Pierre BRENIER-PINCHART, Professeur Hervé PELLOUX. Parasitoses digestives : lambliase, taeniasis, ascaridiose, oxyurose, amibiase, hydatidose [En ligne]. | Avril 2004 [Mise à jour juin 2005; Consulté le 03/01/2019]. | Disponible : http://www-sante.ujf-grenoble.fr/SANTE/
-E. PILLY, Maladies Infectieuses et Tropicales, APPIT, 18ème édition, 2M2 éd.
-Aide-Mémoire de Parasitologie et de Pathologie Tropicale, P. Bourré, 3ème édition, Médecine-sciences, Flammarion.



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